La Grande-Bretagne a déjà entamé une réflexion sur la gestion des données par discipline à l’échelle nationale (voir le rapport britannique (RIN/JISC/NERC) de 2008). Elle l’approfondit en particulier au travers le projet SCARP du Digital Curation Centre (DCC) dont le but est d’encore mieux comprendre et documenter les pratiques disciplinaires de dépôt, partage, ré-utilisation et conservation des données de recherche.
Ce projet->http://www.dcc.ac.uk/scarp/about/] est arrivé à terme (2007-2009) et propose ce rapport de synthèse, publié en janvier 2010. Il se compose d’une étude de la littérature sur la gestion de données numériques dans divers champs disciplinaires à partir d’études de cas. Il propose une approche différenciée selon les disciplines de recherche voire à un niveau plus fin, selon les groupes de recherche.
Il est présenté ainsi dans l’avant propos :
« Ce rapport de synthèse identifie les facteurs qui aident à comprendre comment les pratiques de « curation » diffèrent selon les disciplines. Il fournit une toile de fond de différentes approches de gestion de données numériques. Toutefois, les études de cas illustrent le fait que « la discipline » est un niveau trop large pour comprendre les pratiques ou les attentes en la matière. La diversité des types de données, les méthodes de travail, les pratiques et les compétences trouvées même au sein des domaines spécialisés implique que les besoins doivent être définis par rapport à ces domaines ou même à un niveau de granularité, comme le groupe de recherche ».
Il examine de façon détaillée la situation actuelle du partage, de la recherche, de l’accès, de la ré-utilisation et de la conservation des données dans chaque champ disciplinaire en Grande-Bretagne. Il fournit aussi des recommandations générales par type d’acteurs (JISC, enseignement supérieur, agences de financement, éditeurs, instituts de recherche, chercheurs) afin d’améliorer la production et la maintenance des données de recherche.
Nous reprenons les résultats :
en arts et sciences humaines :
- Un nombre croissant de chercheurs partagent leurs ensembles de données (archéologie, épigraphie, histoire de l’art) et s’en servent pour éditer des travaux du type catalogues, lexiques…). Cette pratique a été largement influencée par le travail de l’AHDS qui a maintenant cessé son activité (depuis 2008) dont les services étaient plébiscités par la communauté des chercheurs. Les universités pourraient prendre le relais de l’AHDS
- Une des études de cas du projet porte sur les classics, discipline qui présente une longue tradition de partage. Les classicists donnent de la valeur ajoutée à leurs données avant de les publier (annotation, interprétation…). Ils peuvent chercher une assistance technique pour la viabilité et la conservation de leurs données auprès d’Oxford Text Archive ou du Centre for Computing in the Humanities. La ré-utilisation des données est courante dans la discipline et repose sur la confiance. Seuls les grands projets incluent le financement de la conservation à long terme, souvent requise en sciences humaines.
en sciences sociales :
- Peut-être plus que dans tout autre catégorie de recherche, la sensibilité des chercheurs en sciences sociales à partager des données dépend beaucoup des caractéristiques traditionnelles des disciplines. 4 études de cas concernent les domaines de rural economy and land use, social and public health sciences, social studies of interaction et architecture. Les chercheurs en sciences sociales bénéficient des services de l’Economic and Social Data Service (ESDS), qui est considéré comme un centre de qualité dans la discipline.
- Ce que beaucoup de disciplines de sciences sociales ont en commun est leur focalisation sur la collecte et l’usage de données avec des modalités de confidentialité. Ces facteurs peuvent constituer des obstacles importants au partage et à la réutilisation des données. Alors que la longévité de vastes ensembles de données nationales est relativement sûre, celle de nombreux petits ensembles de données n’est pas assurée. Il n’existe pas d’incitation pour investir du temps et de l’argent dans la gestion des données, une fois un projet terminé.
- Malgré les recommandations des conseils de recherche (Economic and Social Research Council...), les chercheurs en social and public health sciences ne sont pas enclins au dépôt et partage de leurs données. Au titre du programme RELU (Rural Economy and Land Use), il existe un service de gestion des données intégré dans UK Data Archive, ce qui a facilité le partage des données par les chercheurs.