Un fait récent relaté par Nature met au devant de la scène les questions d’examen par les pairs et de modèle « auteur-payeur » des revues en accès libre (gold road) qu’un article commenté il y a peu écarte comme solution valable pour le financement de ces revues en sciences humaines.
Un faux manuscrit, produit par ordinateur, soumis à une revue de science de l’information qui propose aux auteurs une option d’accès libre payant (The Open Information Science Journal) publiée par l’éditeur Bentham Science Publishing, a été accepté pour publication.
Les deux « auteurs » de ce faux manuscrit ont utilisé un logiciel qui génère un document grammaticalement correct, mais dépourvu de sens et l’ont soumis sous un pseudonyme à la fin janvier 2009. Une fois le manuscrit accepté, Philip Davis, un des « auteurs », étudiant de l’université Cornell, l’a retiré lors de la demande de paiement requise avant qu’il soit publié.
Cette affaire a entraîné l’annonce de la démission du rédacteur en chef de la revue, qui a déclaré que l’examen par les pairs n’avait pas fonctionné et qu’il y avait eu violation de la politique de la revue.
En outre, par la suite, Philip Davis a renouvelé « l’expérience » en soumettant un autre manuscrit produit par ordinateur à la revue « The Open Software Engineering Journal », du même éditeur, sous différents pseudonymes, mais celui-ci a été rejeté à chaque fois.
Philip Davis dit avoir voulu tester si l’éditeur accepterait un manuscrit complètement absurde au seul motif que les auteurs soient prêts à payer, autrement dit que, dans ce système d’édition auteur-payeur, l’intérêt économique prime sur la valeur scientifique d’une recherche. Cette idée lui est venue après avoir reçu plusieurs sollicitations par mails l’invitant à soumettre des articles moyennant des frais payés par l’auteur dans les revues en accès libre de cet éditeur.
Sans rentrer dans les détails de l’affaire, cette supercherie a été le point de départ de discussions ; elle a soulevé des questions de fond qui ont été débattues sur la liste de diffusion de l’université de Yale : remise en cause de l’utilité de la revue par les pairs, de l’accès libre, dérive du modèle auteur-payeur vers un système de communication scientifique corrompu par l’argent, défense de l’accès libre en mettant en évidence de faibles standards de qualité aussi parmi les revues sur abonnement…